Beaucoup de citadins aimeraient pouvoir jardiner dans leur copropriété, mais peu passent à l’action parce qu’ils ne savent pas par où commencer. À Paris, dans le XIIème arrondissement, une dizaine de voisins a complètement repris en main la gestion et transformé les usages de son jardin d’immeuble. Et les résultats après un an sont déjà bluffants !

                      
    

       Au premier abord, on ne sent pas trop la différence. Passée la façade typique des années 1970, balcons alignés sur une dizaine d’étages, et les deux portes en verre de part et d’autre du grand hall, on découvre les allées roses d’un jardin intérieur protégé du bruit des boulevards. Sur la gauche, des arbres et quelques arbustes, sur la  droite un parterre de fleurs. Jusque là, rien de bien étonnant.

Et puis… en y regardant de plus près on repère un tas de petites étiquettes en ardoise : bourrache, oseille, persil, verveine, basilic…
En face de l’entrée, un muret recouvert d’une treille sur laquelle courent des grimpantes, un aménagement de pierres de récupération et une multitude de vivaces colorées. En arrière-plan, un tronc-totem surmonté d’un nichoir, et des insectes qui butinent à tout-va.

“L’idée c’est de faire du durable, et de diversifier pour faire venir les abeilles. Il y a une urgence écologique à sensibiliser et à agir face au déclin des insectes et des oiseaux… mais le cadre doit être beau, agréable et utile.”

 

Création d’une “Commission jardin” au conseil syndical

Vosgien d’origine, Olivier Lebret se souvient avec une pointe de nostalgie des dimanches passés, gamin, à manger des framboises dans son jardin.
Quand la mairie de Paris a créé les permis de végétaliser, il s’est lancé dans l’aventure avec enthousiasme : “c’était un espace où on pouvait se faire plaisir en plantant, et on avait souvent la reconnaissance des passants”. Il avait même pensé aux SDF en plantant des framboisiers et groseilliers à maquereaux. Mais petit à petit les vols, la saleté et les dégradations volontaires ont eu raison de sa bonne volonté (aujourd’hui il est toujours détenteur de cinq permis, mais n’investit plus de temps ni d’argent dans ses pieds d’arbre).

Dans le même temps, en 2017, quand le conseil syndical de son immeuble a voulu revaloriser l’espace extérieur de sa copropriété, c’est tout naturellement qu’on s’est tourné vers lui pour prendre en main la “Commission jardin”.

Le premier îlot central revégétalisé

 

La première action a été d’identifier les alliés / contributeurs, puis d’organiser une fête des voisins pour recruter plus de monde et montrer les premières réalisations.



Récupération et biodiversité

Avec un budget de 3000 € (pas une nouvelle dépense, mais une réaffectation du budget annuel jardinage des charges) et une dizaine de voisins motivés, ils ont repensé tout le design et les plantations des parterres, monté une mini-serre et des carrés potagers, acheté des bacs à treillis, récupéré des graines, se sont relayés tout l’été pour l’arrosage… Priorité accordée à la biodiversité et la récupération.

                       

                                                                Olivier (à gauche) et la brigade des voisins-jardiniers

 

En continuant la visite, on prend la mesure de la “révolution” des mentalités : les traditionnelles haies de thuyas et parterres de roses ont laissé la place à des rangées de houblon, haricots, kiwis, carrés potagers, mûrier “récupéré de chez mes parents”.
Au milieu des topinambours et des roses trémières trône un gigantesque hôtel à insectes, obtenu au budget participatif de la ville (note de Liane de rue : aujourd’hui la Mairie ne valide pas les demandes déposées pour une copropriété privée). Même la rampe d’accès du parking s’est mise au vert en acccueillant un large figuier.

La copropriété a aussi investi dans un broyeur pour faire ses propres paillages, et aménagé un espace compost et récupération au fond du jardin. Plus question de jeter ! Par exemple, le bouleau abattu a été tronçonné par 50 cm pour faire des “pas japonais” entre les artichauts.

La récolte de courgettes a donné lieu à une distribution spontanée dans les étages

Olivier se définit aujourd’hui comme un “architecte végétal”, un amoureux des plantes et de la nature. De fait, ces végétaliseurs-bénévoles pourraient se revendiquer de beaucoup de corps de métier : designers paysagistes, menuisiers, agriculteurs urbains, animateurs… le tout appris sur le tas, avec un fort désir de “faire ensemble”.

“On s’est réapproprié notre espace commun, et on a créé du lien.” Avec toujours une vision à plus long terme. Les projets pour l’année prochaine ? Installer des fruitiers (cerisiers, agrumes…) en prévision de l’abattage des grands arbres, qui causent des problèmes d’étanchéité au-dessus des parkings. Une révolution verte au long cours.

 


5 commentaires

Romy · 16 novembre 2019 à 20 h 25 min

Super initiative. comment joindre Olivier pour qu’il en parle plus en détail? J’ai la même idée pour ma copro;) merci

    Admin · 9 décembre 2019 à 15 h 32 min

    Bonjour, Merci pour votre message. Nous en parlons à Olivier et nous revenons vers vous.

    Olivier · 10 décembre 2019 à 22 h 48 min

    Bonjour Romy,
    Vous pouvez me contacter par e-mail sur ma messagerie olebrzt75012@free.fr ; je serai heureux d’échanger avec vous et partager notre expérience. Bien cordialement. Olivier

      Olivier · 10 décembre 2019 à 22 h 50 min

      Désolé pour la typo. L’adresse correcte est olebret75012@free.fr

      Laudon · 25 février 2020 à 21 h 56 min

      Magnifique travail d’équipe dans un bon esprit de voisinage !!

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